Non je n’allaiterais pas ! Ah bah si finalement…

breastfeeding. mother feeding her baby in nature outdoors in the park

« Il y a quelques années, je vivais aux Etats-Unis. Partie enceinte pour y suivre mon mari, j’y ai donné naissance à mon fils. Mon 1er enfant. Faute de moyen, je ne pouvais assister à aucun atelier de préparation à l’accouchement, ma mère vivait à 1000 Km à l’Est séparée d’un océan, et je ne connaissais personne. J’ai très bien vécu ma grossesse, mais j’étais sûre d’une chose : je ne voulais pas allaiter. Mes raisons étaient ce qu’elles étaient, mais elles étaient bonnes, en tous cas pour moi puisqu’elles étaient miennes ! Et rien n’étant plus personnel et intimiste que l’allaitement, j’étais en droit de décider ce qui me semblait juste et le mieux pour moi… et donc pour mon fils.

Je ne sais pas du tout comment ça aurait pu se passer en France… mais voilà, quand j’ai commencé à annoncer aux Etats-Unis que je ne voulais pas allaiter, je me suis pris une avalanche de reproches « Mais, quoi ? Ce n’est pas possible ! C’est meilleur pour ton fils ! Egoïste ! C’est ce qu’il y a de plus naturel….Oh my god… » Et j’en passe. J’ai beaucoup culpabilisé, j’ai tenu bon, j’ai réfléchi, j’ai encore culpabilisé, je me suis dit « bah finalement… pourquoi ne pas essayer, après tout ça ne coûte rien et si ça ne me convient pas j’arrête ! » Ouf mon âme était sauve ! Il me semblait que sortir un biberon en public était plus choquant qu’un sein en plein Superball !  Mais au pays du Burger, les pro-allaitements sont extrêmes, et il n’est pas rare de voir des gamins de 2 ans accrochés aux seins de leur mère.  J’accouche donc devant la télé bloquée sur Breastfeading Channel (chaîne spéciale allaitement), ce qui me donne l’occasion de prendre connaissance, au dernier moment, des différentes positions pour allaiter : le ballon de rugby, califourchon, allongé… etc. Intéressant. Les allaitements de jumeaux me donnent des frissons !

Quelques heures plus tard, me voilà avec mon nouveau-né, beau comme un Dieu,dans les bras. Ma mère m’ayant fait envoyer le dernier Laurence Pernoud, je suis quand même un peu documentée ! Je mets mon fils au sein et c’est parti pour… la galère ! Il ne sait pas, moi, non plus, il s’énerve, je stresse, il devient rouge de colère, je transpire… ça nous a pris quelques jours avant de nous ajuster, mais, sincèrement, il a fallu tenir bon. D’autant plus qu’il mangeait toutes les 2 heures, j’avais l’impression de passer mes journées, et mes nuits, les seins à l’air. Une horreur. Je vous passe certains détails, j’ai tenu 4 mois ! Et j’en suis très fière !

Quelques années plus tard, en France, on m’annonce que je suis enceinte de jumeaux ! J’ai tout de suite repensé à ces images d’allaitement sur la télé américaine pendant l’accouchement ! Je me suis dit : « non cette fois ce n’est pas possible, je ne pourrai vraiment, mais alors vraiment pas le faire ! » J’accouche prématurément. « Madame, si vous ne donnez pas votre lait, on prendra celui d’une autre maman, les prématurées ne digèrent rien d’autre. » »Ah ok alors… ». C’était reparti pour un tour… mais mieux entrainée, entourée, un peu plus motivée, j’ai tenu cette fois 6 mois.

J’ai toujours eu l’impression que l’allaitement était quelque chose que l’on m’avait imposé, et je ne l’ai pas toujours bien vécu. Je suis contente aujourd’hui de l’avoir fait, mais, contrairement à tout ce que j’ai pu entendre, je n’en garde pas que de bons souvenirs. On m’a beaucoup fait culpabiliser… J’ai donc envie de vous dire « Faites comme vous le sentez ! » et puis c’est tout ! »